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mars 22, 2009

CR: Bordeaux 2005 - acte II


Une deuxième séance de dégustation avec les bordeaux du millésime 2005 qui n'a fait que confirmer la très grande réussite de ce millésime. Personnellement, je dois dire que plus je les goûte, plus je suis convaincu de l'exceptionnelle qualité et du grand potentiel de garde de ces vins. J'étais déjà entré dans le détail lors du compte-rendu de la première dégustation (voir INFO-VINS #2009/05), mais je dois réitérer qu'à mon humble avis, dans les dernières vingt années (1988 à 2008), le millésime 2005, de pair avec 1996, se situe presque à niveau avec le mythique 1990, laissant juste derrière les excellents 2000.

Dans cette dégustation, nous avons été choyé par la précocité et le charme immédiat des vins du premier volet, essentiellement des Pessac-Léognan, avec un intrus de Margaux qui s'est bien distingué par sa délicatesse. Le Carmes Haut Brion a dominé le volet en ramassant la moitié des votes exprimés par notre panel mais, dans l'ensemble, la qualité des vins était plutôt homogène.

Le deuxième volet a été un peu gâché par une bouteille légèrement défectueuse de ce qui aurait dû être le clou de la soirée, le Cos d'Estournel. Ceci a laissé le champ libre au superbe Pichon Baron, qui a presque fait l'unanimité dans le décompte des votes. Un succès bien mérité car c'est un Pauillac de grande envergure, typé, profond et faisant de très belles promesses pour le futur.


1er volet
Verre no. 1  -  Carmes Haut Brion    7 votes
Verre no. 2  -  Brane Cantenac         2 votes
Verre no. 3  -  Larrivet Haut Brion    4 votes
Verre no. 4  -  Latour Martillac          1 vote


Pessac-Léognan 2005, Château Les Carmes Haut-Brion (SAQ – 10657410 - 98,00)
Rubis, bel éclat, très bonne saturation. Le nez offre des arômes de cassis mûr, frais, avec des arômes plus fumés, minéraux, du créosote. La bouche est droite, de bonne chair, bien serrée, tendue et tissée d'une trame très fine, des saveurs de cassis et une longue finale minérale. Très réussi.
(**** - mars/09 - Fed)

Margaux 2005, Château Brane-Cantenac (SAQ 10655107 - 87,00$)
Rubis, très bonne saturation. Très joli nez, le cassis et les mûres se mêlent aux notes florales, avec un caractère fumé, minéral, évoluant vers le tabac brûlé. La bouche est ample, d'une souplesse et d'une harmonie étonnantes, très sensuel, élégant, aux tannins très fins, parfaitement enrobés dans la matière fluide et très sphérique de ce margaux très flatteur et long.
(**** - mars/09 - Fed)

Pessac-Léognan 2005, Château Larrivet Haut-Brion (SAQ 10975784 - 64,00$)
Rubis-grenat, très bonne saturation. Beau nez, dans lequel des notes de moka enrobent un caractère subtilement viandé, minéral, asphalté, évoluant vers le poivron et le champignon, avec quelque chose de légèrement faisandé. La bouche est ample, mûre, d'une matière assez riche, aux tannins très fins, légèrement astringents et une longue finale dans laquelle se mêlent des traces goudronnées et chocolatées.
(*** ½ @ **** - mars/09 - Fed)

Pessac-Léognan 2005, Château Latour Martillac  (SAQ 10657225 - 45,00$)
Rubis, bel éclat, très bonne saturation. Beau nez, de belle fraîcheur, offrant des arômes de bourgeon de cassis et de cassis mûr, avec des traces de poivron bien mûr et de cuir. La bouche est de bonne matière, droite et structurée, d'une légère austérité, probablement due à une moins bonne plénitude en milieu de palais, dotée de saveurs de cassis et de minéral qui persistent dans la bonne finale. Très classique, frais, droit, subtilement végétal. 
(*** ½ - mars/09 - Fed)

 

2e volet
Verre no. 1  -  Lagrange                                0 votes
Verre no. 2  -  Cos d'estournel (défaut)    0 votes (défectueux)
Verre no. 3  -  Pichon Baron                         13 votes
Verre no. 4  -  Langoa Barton                      1 vote

St. Julien 2005, Château Lagrange (SAQ 10661996 - 82,00$)
Rubis-pourpre, très bonne saturation. Bien différent de la bouteille dégustée à l'automne dernier, beaucoup moins marqué par le chêne, avec un caractère plus chaud, plus mûr, aux notes de kirsch, de cassis, d'épices, quelques traces de poivron. La bouche est dense, de très bonne matière, mûre, compacte, bien serrée, avec une structure qui s'affirme, une belle acidité et une longue finale minérale. Il sera de très bonne garde.
(**** - mars/09 - Fed)

St. Estèphe 2005, Château Cos d'Estournel (SAQ 10654657 - 303,00$)
Une bouteille malheureusement affectée par des arômes de bouchon qui masquaient l'habituelle expressivité de ce Saint Estèphe. On pouvait néanmoins apprécier sa très grande matière, sa profondeur, sa richesse et sa très longue finale chocolatée. Sans doute une immense réussite, il faudra goûter à une bouteille intègre pour en apprécier toute sa splendeur.
(mars/09 - Fed)

Pauillac 2005, Pichon Baron (SAQ 10661953 - 220,00$)
Rubis-pourpre, très bonne saturation. Bon nez, profond, minéral, offrant des arômes de café noir, quelques notes cuirées, animales, un fruit de prune mûre. L'attaque est ample, la bouche est dotée d'une très belle matière, dense, très minérale, des tannins fermes, bien enrobés, une belle acidité, un arrière-palais plus austère, très Pauillac, avec une longue finale très minérale. Un vin très réussi, très sérieux, qu'il faudra attendre très longtemps pour l'apprécier à son sommet. AM: 2021 – 2035.
(**** @ **** ½ - mars/09 - Fed)

St. Julien 2005, Château Langoa Barton (SAQ 10661953 - 138,00
Rubis-pourpre, très bonne saturation. Discret, aux nuances parfumées, fraîches, florales, sur un fond de fruit très mûr, cassis, épices. La bouche est massive, ample, très riche, sévèrement tannique, mais adoucie par une très bonne maturité d'ensemble, avec une longue finale chaleureuse et goudronnée. Un vin corsé, qui manque un peu de définition par moments. Il faudra lui laisser le temps de trouver un peu plus d'harmonie.
(*** ½ @ **** - mars/09 - Fed)

 

mars 08, 2009

CR: Châteauneuf du Pape 2005 + Beaucastel


Dans une dégustation à l'honneur du Château Beaucastel, notre panel avait l'opportunité d'analyser un programme constitué d'une verticale de quatre millésimes de ce légendaire Châteauneuf du Pape, ainsi qu'une horizontale sur le millésime excellent 2005, incluant la Cuvée Spéciale Hommage à Jacques Perrin.

Le premier volet aurait dû, en théorie, être une passerelle d'honneur pour le grandiose Beaucastel 1990. Toutefois, ce grand vin commençait à montrer des signes de ralentissement. Ceci ne lui a pas empêché de remporter la faveur d'une grande majorité du groupe, mais la concurrence de l'excellent Beaucastel 2000 a été probablement plus ardue que l'on aurait pu l'imaginer. Le Beaucastel 1995, comme l'avaient déjà démontré les bouteilles dégustées dans les dernières années, n'est pas à la hauteur de la réputation de ce grand producteur.

Dans le deuxième volet, la compétition était féroce. Trois cuvées de luxe accompagnaient le Beaucastel régulier, dans une horizontale sur le millésime 2005, qui semble être, en se fiant sur la qualité des vins dégustés, absolument exceptionnel.

La Cuvée Hommage à Jacques Perrin, le haut de gamme du Château de Beaucastel, aurait dû remporter cette comparaison assez aisément. Le seul doute venait de la présence de la cuvée Deus Ex Machina, du Clos Saint Jean, un vin que Robert Parker avait béni d'une note parfaite! Et bien, contrairement à mes attentes (je l'avoue), l'oncle Bob n'exagérait point dans le cas de la D.E.M. un vin tout à fait extraordinaire, absolument hors normes dans la facilité avec laquelle il allie une richesse hors du commun à une grande harmonie et fraîcheur d'arômes. Une légende en devenir, qui a largement mérité la victoire dans ce volet.

 

1er volet
Verre no. 1  -  Beaucastel 1995         0 votes
Verre no. 2  -  Beaucastel 2000         5 votes
Verre no. 3  -  Beaucastel 1990         10 votes

 

Châteauneuf du Pape 1995, Château de Beaucastel
Rubis-grenat, bonne saturation. Nez plutôt discret, aux nuances de prune sucrée. La bouche est d'assez bonne matière, avec des accents épicés, réglissés, des traces de fruit assez discrètes, sur la cerise, des tannins légèrement astringents et une finale chaleureuse, persistante. Un Beaucastel un peu chaud et unidimensionnel.
(*** ½ - mars/09 - Fed)

Châteauneuf du Pape 2000, Château de Beaucastel
Rubis, très bonne saturation. Premier nez plutôt vif, fermé, frais, résineux, il évolue vers des arômes de prune et de réglisse, il gagne de plus en plus de profondeur et des traces légèrement animales. La bouche est d'une très belle matière, pleine, dense, réglissée, minérale, avec quelques nuances de tabac qui commencent à apparaître dans la longue finale. Un vin encore plein d'énergie, jeune et très prometteur.
(**** @ **** ½ - mars/09 - Fed)

Châteauneuf du Pape 1990, Château de Beaucastel
Très beau nez, légèrement évolué, mais offrant des arômes complexes et élégantes, sur des notes d'épices, de tabac, de réglisse, de prune, de basse-cour et de graphite. La bouche semble être légèrement amincie par le temps, elle possède moins de tenue et de profondeur que les dernières bouteilles dégustées, mais la finesse demeure intacte et les douces notes épicées, légèrement animales, possèdent une belle persistance en fin de palais.
(**** - mars/09 - Fed)

 

2e volet
Verre no. 1  -  d'Usseglio "Mon Aïeul"                          0 votes
Verre no. 2  -  Château de Beaucastel                         0 votes
Verre no. 3  -  Beaucastel Hommage J. P.                   5 votes
Verre no. 4  -  Clos St. Jean Deus Ex Machina            10 votes

 

Châteauneuf du Pape "Cuvée de mon Aïeul" 2005, Domaine d'Usseglio
Un vin élaboré presque entièrement à base de grenache, complété par 5% de syrah. Rubis, très bonne saturation. Nez chaud, alcooleux, d'assez bonne complexité, avec des arômes de prunes macérées dans l'alcool, de réglisse, de goudron et d'épices. La bouche est dense, glycérinée, chaude, épicée, plutôt alcooleuse, avec des saveurs très réglissées et une longue finale aux relents de prune. Un vin solide et concentré, à défaut de faire preuve de finesse il offre du caractère et de la puissance.
(**** - mars/09 - Fed)

Châteauneuf du Pape 2005, Château de Beaucastel
Rubis-pourpre, bel éclat, très bonne saturation. Le nez est plutôt chaud, sur la prune, la réglisse, avec quelques nuances de framboise. Bouche de bonne matière, plus longiligne que d'autres dans ce millésime, moins concentré, chaud, alcooleux, réglissé. Un vin qui ne semble plus justifier son prix.
(*** ½ - mars/09 - Fed)

Châteauneuf du Pape Cuvée spéciale "Hommage à Jacques Perrin" 2005, Château de Beaucastel
Pourpre, excellente saturation. Nez très profond, minéral, réglissé, sans excès de chaleur, sur une base de fruit bien mûr. La bouche est dense, très veloutée en avant-palais, d'une grande matière, très minérale, laissant une impression de roche liquéfiée, épicé, soutenu par une grande masse de tannins fermes, mais mûrs et bien enrobés, aboutissant en une très longue finale goudronnée. Un vin énorme, mais étonnamment civilisé.
(**** ½ - mars/09 - Fed)

Châteauneuf du Pape "Deus Ex Machina" 2005, Clos St. Jean
Monumental! Un Châteauneuf absolument hors normes, la cuvée Deus Ex Machina 2005, un assemblage de grenache (60%) et de mourvèdre (40%), est un des vins du Rhône les plus dense et à la fois harmonieux que j'ai eu la chance de déguster dans ma vie. Rubis-pourpre, de très bonne saturation. Il offre un très beau nez, éclatant de fraîcheur et de netteté, avec des arômes de sirop de framboise, de kirsch, d'anis et d'épices, ainsi qu'un caractère légèrement chimique de vernis à ongle. En bouche c'est l'apothéose, une richesse et une densité incroyables, tout en étant parfaitement harmonieux, avec une chair voluptueuse, au toucher très souple, des saveurs de mûres, de framboises, d'épices, d'excellente concentration, avec des accents de prune fraîche qui s'ajoutent à la très longue finale. Le fait qu'il ait été aussi impressionnant alors qu'il était servi à l'aveugle, à côté de la Cuvée Hommage à Jacques Perrin, ne fait qu'augmenter la conviction avec laquelle j'affirme que ce vin est un des plus remarquables châteauneuf du pape que j'ai eu l'occasion de goûter de ma vie. Une légende en devenir!
(**** ½ @ ***** - mars/09 - Fed)